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PEDALER EN INDE 

Pédaler dans le sud de l’Inde a été un de mes plus beaux périples jusqu’à ce jour. Ce fut par moment extrêmement difficile (la chaleur, les interminables collines et le trafic chaotique) mais une source infinie de plaisir. Je ne peux cependant vous conseiller que sur la partie sud-ouest du pays (Bombay à Kanyakumari) et désire donc nullement généraliser pour le reste du pays.

 Choisir son vélo : 

Je ne suis pas un cycliste et les rares fois que j’ai opté pour une balade à vélo, mon fessier m’a fait la tête pendant plusieurs jours. En Inde, j’ai acheté un vélo tout neuf, sans vitesse de la marque la plus répandue ‘Hero Wonder’ (40 euros). La selle ressemble a celle de ma grand-mère (très confortable, large et avec les ressorts qui font ‘squik’). J’ai choisi ce type de vélo car je savais qu’en longeant la côte, je n’allais pas souvent rencontrer de ville et que j’allais essentiellement pédaler dans des villages de pêcheurs. Mes chances pour trouver des pièces de rechange allaient être limitée et il fallait donc éviter le luxe occidental. Avec mon ‘Hero Wonder’, n’importe qui pouvait changer mes pneus, plaquettes de freins, pédales et s’occuper de mes nombreuses crevaisons. Par ailleurs, personne ne pense à voler votre vélo car il se fond parfaitement dans l’ambiance locale. Toujours éviter d’attirer l’attention.

Pour quelques euros de plus, je me suis fait installer un large porte bagage à l’arrière, un panier en fer à l’avant et une sonnette (élément crucial pour survivre en Inde. Plus votre sonnette ou klaxon est bruyant, plus vous avez de chances de survivre sur la route. Les chauffeurs poids lourds semblent souvent être sourds et aveugles).

  Lois de la route : 

Même si j’ai fait l’essentiel pour rester loin des axes principaux, j’étais par moment obligé de les emprunter pour rejoindre un village plus grand ou pour gagner du temps. Sur les routes de campagnes, vous êtes le roi. Tout le monde vous sourie, vous salue, tente de vous parler, ou vous arrête pour boire un thé ou manger un morceau. Certains s’arrêtent même pour vous propose de mettre le vélo dans leur pick-up. Hélas, sur les routes nationales, vous êtes un moustique. Ne pensez pas que les gens s’intéressent à vous. Soyez prêt à sortir de la route pour éviter le bus qui en double un autre en pleine montée. Préparez-vous à ce que les poids lourds vous doublent en vous frôlant quitte à vous pousser dans le ravin. Méfiez-vous des camions qui vous doublent car le chauffeur et les travailleurs veulent souvent se rapprocher le plus prêt de vous pour vous observer et hurler quelques mots gentils incompréhensibles. Les indiens adorent également les klaxons, sirènes et autres boites à musiques électroniques et se font une joie de s’en servir. Un calvaire pour les oreilles. A plusieurs reprises, j’ai été violemment sorti de ma rêverie solitaire par ce genre de bruit infâme tout en évitant de peu la crise cardiaque. Il faut tout simplement se rappeler que les gens sont curieux et qu’ils ne s’imaginent pas un instant de la difficulté de votre entreprise. En conclusion, si vous ne voulez pas finir comme un moustique sur le pare-chocs d’un poids lourd, évitez les nationales et écartez-vous de leur chemin quand vous les croiser.

 Ou dormir ?: 

Il est très facile de trouver des chambres d’hôtel (de 2 à 6 euros la nuit) mais j’ai préféré éviter le superflu. En général, les locaux vous reçoivent chez eux si vous mentionner vouloir dormir sur la plage. De plus, chaque village a un crematorium près duquel vous trouvez toujours un abri couvert, idéal pour vous recevoir avec votre vélo. Les hindous croyant que les fantômes y vivent, personne ne devrait venir vous ennuyer. Par ailleurs, il est possible d’allumer un feu à n’importe quel endroit mais assurez-vous tout de même de demander la permission à un passant (qui vous invitera sûrement à manger chez lui). Il y a également des robinets publics un peu partout, et les locaux se feront un honneur de vous prêter un seau pour la douche (certaines grand-mères se sont même assurées que je me frottais bien et m’ont astiqué les cheveux).

En vous concentrant sur les petits villages, vous pouvez demander le Daramshala (lieu anciennement réservé aux pèlerins qui voyageaient dans le pays. On leur servait généralement à boire et à manger.) Bien entendu, cette coutume n’est plus d’usage, mais certains vieillards seront surpris de voir que vous connaissez le terme et la tradition, et vous inviteront souvent chez eux. Dans certains villages, le Daramshala existe encore mais il n’a pas servi depuis des décennies (un peu comme la tradition de la part du pauvre chez nous). J’ai également dormi devant des temples, des écoles, et un peu n’importe où.

 Dangers et nuisances : 

Je ne me suis jamais senti menacé et on ne m’a rien volé malgré le fait que je laissais mon vélo sans surveillance des heures durant. Personne n’aurait osé me le voler, et bien au contraire, tout le monde s’assurait de sa protection.

Rester dans les villages fut ma plus belle expérience mais peut parfois devenir frustrant et émotionnellement épuisant. Les conversations sont souvent monotones et se répètent sans fin. Vos interlocuteurs ne pensent pas que vous pouvez être épuisé et que vous ayez parfois besoin d’intimité ou de tranquillité. Bien souvent, je fus réveillé par un passant qui voulait simplement me poser quelques questions sur mon voyage. Attendez-vous à ce que l’on s’asseye très près de vous, que l’on lise au dessus de votre épaule ou qu’on vous la tapote pour poser une question. Soyez patient et compréhensif. Inutile de s’énerver. Ils ne vous veulent aucun mal. C’est de la bonne curiosité, et elle se fait souvent en groupe. Un jour, alors que je me lavais sous un robinet, sept hommes se sont arrêtés pour m’observer. Un peu gênant certes, mais mieux vaut voir le coté comique de la chose. Il en va souvent de même pour les toilettes en pleins air. Les villages côtiers n’ont pas de WC public, et il vous faut alors vous diriger vers la mer, vous accroupir et déposer votre offrande sur le sable (inutile de prétendre aller prendre un bain) pour que la marée, les chiens ou les mouettes la recueillent.

 S’orienter : 

Il est difficile de suivre une carte indienne car elle n’est pas souvent précise, ni écrite en anglais. Pour ma part, j’ai gardé la mer à ma droite et pédalé en direction du sud. J’ai aussi appris l’alphabet de chaque province afin de déchiffrer les panneaux de signalisation. Ca devient très utile devant une patte d’oie qui semble illogique. En reconnaissant ne serait ce que la première lettre, vous pouvez vous diriger vers un village qui apparaît sur votre carte. Commencer une conversation dans la langue locale est aussi très apprécié. Les gens vous demandent souvent la même série de questions. Il ne vous reste plus qu’à apprendre vos réponses et à les glisser au bon moment. Equations faciles même pour un néophyte de la linguistique. Encore une fois, la patience sera votre meilleure arme. Vous allez répéter la même chose des centaines de fois par jour, dans le même ordre et recevoir la même surprise ou cris de joie. Mais après tout, demandez-vous pourquoi vous faites réellement ce voyage : pour l’exploit ou pour les rencontres ?

 

Bonne route à tous et n’hésitez pas de me contacter pour plus d’informations.

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