
Je rêve depuis bien longtemps d’épouser une vie de pirate, de vieux loup de mer et d’avoir le visage brûlé par le soleil, rongé par le sel de mer, des rides profondes creuser par les jours passés en mer et les cheveux délavés par la combinaison de tous ces éléments. J’ai donc passé mon permis côtier en juin dernier et en dépit des 450 euros, des 20h de pratique et de mon beau permis tout bleu, je ne serais même pas capable de jeter un ancre a la mer ou d’aller d’un point A à un point B sans commettre d’erreurs qui me seront fatales. Vive les diplômes !!
Abu Dhabi étant une belle péninsule, je suis entouré d’eau et prends souvent le temps d’aller me balader sur les ports pour admirer la pléthore de bateaux. L’odeur de la mer, les mats qui s’entrechoquent, les mouettes, le cliquetis de l’eau sur les coques…je suis aux anges même si je ne suis qu’un piéton qui s’asseye sur le quai pour livre ses livres d’aventures.
Avec tout le temps libre que mon emplois m’offre, il serait inutile de ne pas le mettre a profit pour réaliser un de mes rêves. Je me souviens de ce vieil homme que j’ai rencontré lors d’une balade a kayak en Floride. Patrick m’avait chaleureusement accueilli dans le catamaran qu’il avait construit de A a Z et dans lequel il s’apprêtait a partir affronter les océans dans un long tour du monde. Et dire qu’il m’avait invité a le rejoindre.
C’est alors que je me dis qu’il doit y en avoir beaucoup des Patricks dans les ports, et que je décide de prendre mes rêves en main. Apres une petite recherche sur Internet, j’appelle les différents clubs marins du coin et me fais refouler plusieurs fois par des prix prohibitifs et des clubs privés. J’arrive tout de même à papoter avec la femme indienne du standard qui me donne (en toute discrétion le numéro d’un capitaine hollandais basé aux Emirats). Me voici donc à appeler le Captain Berend et d’en pondre une conversation digne des grands classiques d’AB production :
« Captain Berend ? Bonjour, je vais faire le tour du monde a la force de mon corps et s’en utiliser de moteur, le problème est que une fois arrivé a la mer de Chine orientale, mon vélo de peut pas se transformer en pédalo et je vais rester con devant l’immensité de la mer. J’aimerai donc que vous m’appreniez a naviguer un voilier.
- euh, avez-vous déjà navigué ?
- j’ai fait un peu de jet ski et j’ai un permis côtier sans avoir jeter un ancre de ma vie.
- Et vous compter partir quand ?
- En mai ou en septembre, mais je n’aurais pas trop le temps de pratiquer ma navigation entre temps car je serais a vélo au beau milieu du Kazakhstan
- J’ai donc 5 mois pour vous apprendre ce que j’ai appris en 35 ans ?
- Euh ? c’est a peu près ça !
- Ca va vous coûter cher !
- Au fait, je n’ai que 25 ans, mon compte en banque me fait la tête et je ne mange que des légumes car la viande coûte trop chère.
- On est bien parti !
- Mais je suis photographe amateur et je peux vous payer en très bons portraits sur votre bateau.
- Ecoute mon grand, ton projet est fabuleux, un peu trop irréel a mon goût mais j’aime ton culot et ton enthousiasme. Je dois partir pour les fêtes de fin d’année, alors va dans une librairie, achète le ‘Competent Crew’ (le Bescherelle du moussaillon en gros) et (j’ai oublié l’autre titre), lis les et rappelle moi en janvier. Je vais voir ce que je peux pour toi. »
Et voici comment l’excitation m’est montée au cerveau juste avant le long week-end de l’Eid (la fête du sacrifice où l’on fait rôtir des centaines de chèvres et moutons pour commémorer le sacrifice que le prophète Abraham était prêt a faire pour Allah). Je ne pouvais attendre alors je suis parti dans un des ports luxueux d’Abu Dhabi pour aller dénicher un nouveau capitaine.
La vie est belle et il faut parfois aller la provoquer pour la rendre encore plus belle. rien ne sert de rester chez soit, il faut aller chercher la vie.
Me voici, déguisé en marin (petite chemise entrouverte, sandales et cheveux au vent) entrant dans un port réservé aux gens fortunés. Je m’avance direct sur un des pontons pour admirer les bateaux mais ne vois que très peu de voiliers. Il y a essentiellement des gros moteurs et des bateaux a la St Tropez. Peu importe, je vais vers le plus gros et commence a vouloir monter dedans pour saluer l’équipe quand on me fait redescendre aussi vite que je n’ai essayé. On m’explique que je m’aventure dans le yacht du Sheikh (le président et grand leader des Emirats), c’est ma veine va ! je retourne sur mes pas et m’arrête devant un bateau pour papoter avec un Emirat. Ce dernier m’invite sur le bateau et me propose une bière. J’opte pour le jus d’orange. Nous discutons de tout et de rien et surtout de navigation. Je lui explique mon cas et il décide me m’offrir un tour de son mini yacht. Je suis moins impressionné par le dvd, lecteur musique, chambre royale, intérieur velours mauve que par les frigos pleins a craquer de whisky et de bière. Puisque nous avons sympathisé, il m’invite a le rejoindre avec ses amis pour une journée en mer. J’accepte et alors que le soleil vient de se coucher sous mes yeux ébahis, Tarek décide de me raccompagner chez moi, soit à 30 km du port. Ma mâchoire tombe raide lorsqu’il ouvre la Mercedes SL500 coupée rouge avec des roues de F1. je n’ai jamais fait le trajet aussi vite et même si pour la première fois de ma vie je monte dans une telle voiture, il m’est inutile de frimer. Beaucoup de jeunes ont ce type de véhicule.
Je les rejoins deux jours plus tard pour une longues après midi de fête, d’alcool (j’ai arrêté car je suis culturellement obéissant), et de jeunes filles aux formes alléchantes embarquées avec nous (pour combien ?) afin de secouer leurs fesses quand mes amis sortent les enceintes de disco et que tout le monde danse devant le couche de soleil. J’ai l’impression d’être dans un clip de 50 Cent mais je ne touche pas a la marchandise de peur d’offenser mes ôtes. Nous finissons sur une île déserte en vue des grattes ciel d’Abu Dhabi pour un BBQ. Je n’ai pourtant vu aucun gramme de viande dans le frigo. Un petit coup de fil suffira pour qu’un bateau vienne nous livrer une cargaison de viande et une deuxième tournée d’alcool. Notre petite fête prend fin a 3h du matin et n’ayant pas bu, je suis en charge de me ramener chez moi a bord de la SL500. Je n’ai légalement pas le droit de conduire ici car j’ai perdu mon permis international. Au premier feu rouge, un gros 4x4 dont je ne vois que les roues (je suis si rabaissé et il est si rehaussé) me propose de faire une petite course pour 500 Dirham (100 euros). Mon ôte me fait signe de la tête et me dit d’appuyer sur le champignon au feu vert. J’en laisse une traînée noire sur le bitume et m’arrête 150m plus loin au second feu rouge. Nous récupérons le billet et rentrons au pas. J’en ai encore pleins les yeux et l’estomac. Je me couche avec cette surexcitation caractéristique des enfants avant Noël.
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