
Au moment même ou je vous ai envoyé mon dernier email annonçant mes prochains périples, ma vie a pris un tournant bien différent. Je reçois un appel d’Abu Dhabi dans les Emirats Arabes répondant positivement a une offre d’emploi que j’avais faite en septembre, mais pour laquelle il me manquait les photocopies de certains diplômes. L’université propose de m’embaucher et me demande quand je pourrais les rejoindre. Je dis avec un sourire qui aurait du s’entendre dans la voix ‘demain’. BINGO, ils prennent mon billet d’avion pour le surlendemain. Tout est arrangé : un chauffeur viendra me chercher a l’aeroport de Dubai (billet aller-retour pris en charge), je vais vivre a leur frais dans une somptueuse villa, avec ma femme de menage, mon chauffeur et la bagatelle de 3000$ par mois…pour enseigner l’anglais aux emirats qui ne connaissent que le mot dollar.
Je me lance alors dans un contre la montre pour trouver de quoi ressembler a un homme d’affaires. Grace aux kilos que mon pere a pris recemment et a d’autres amis et tonton, je me fais une garde robe quasi complete. J’ai donc la panoplie du boursier de wallstreet meme si ma barbe et mes cheveux longs trahissent mes origines sociales. Juste le temps d’etre initie au savoir faire des ‘grands’ (Isabelle me fait une formation acceleree du repassage de chemise, et me coupe un peu trop de cheuveux a mon gout).
Je m’enfuis sur Nice pour deux derniers jours memorables avec Jo (slameur, rappeur, poete, humaniste…) ou l’on se fait arreter par la police pour faire les idiots sur la voie de tramway sur sa nouvelle mobylette (on echappe tout de meme a 135 euros d’amende). Entre quelques thés et shishas, je passe ma derniere soiree au son d’un flamenco inouie (je tombe amoureux 5 fois cette meme soiree : 3 chanteuses, une danseuse et un slameur). J’en profite pour rencontrer des etres qui me sont et me seront chers (je trouve d’ailleurs en la personne de Jean Marie un prof de survie qui m’apprendra a mon retour a recoudre mes plaies avec du fil dentaire, ne pas mourir d’hypothermie en pleine mer…ma mere va l’aduler). Toute cette troupe m’accompagne jusqu ‘au petit matin, comme de vieux camarades, avant de sauter dans mon avion.
Et les aventures commencent : mon billet d’avion retour a ete arrange pour mars, helas, je ne peux rester que 3 mois sans visa aux emirats. Visa que je n’ai pas par ailleurs ! British Airways me refuse donc dans l’avion, mais j’arrive a negocier un vol retour en fevrier et je prends enfin mon envol avec un lever de soleil magnifique sur la mediterrannee et je survole la France en greve !
C’est en passant au dessus des monts enneiges que je repousse mon periple avec Georges et ma longue marche hivernale. La vie est longue je me dis, et le rechauffement planetaire devrait me laisser encore deux ans avant de genocider la neige !
J’arrive donc a Dubai a minuit heure locale, et apres 2h d’attente pour le contrôle des passeports, je passe devant un homme qui ne comprends rien a mon contrat et me demande trois fois si je viens pour ‘visit only ?’. coup de genie ou erreur de ma part, je dis ‘visit only’ en secouant ma tete en petit huit comme j’ai appris en Inde.
NB : pour ceux qui devraient un jour debarquer a Dubai, choississez la file controlee par une femme (elle souffre moins d’abus de pouvoir et vous posera moins de questions idiotes, de plus elles travaillent forcement trois fois plus vite. N’hesitez pas non plus a avoir l’air ridicule et a vous jeter en courant sur la file qui vient d’ouvrir, quitte a piétiner une mamie et bousculer un vieillard. Personne ne vous en voudra)
Je n’ai d’habitude aucun mal a passer les douanes malgre ma barbe, mais cette fois, on m’arrete 4 fois. Je raconte 4 histoires differentes juste pour ma satisfaction personnelle !
Je sors de l’aeroport et pour la premiere fois de ma vie, je sais qu’une personne secouant un signe sera mon escorte. Je cherche tant bien que mal mon nom parmi les ecritaux en arabes et en chinois. Je trouve un kevin Gaber, et voudrais m’enteter a ne pas y aller car mon nom est mal epelle, mais je ne vais pas faire la fine bouche et puis a 2h du matin, je suis un peu fatigue. Tres vite, on m’installe dans une voiture de luxe avec chauffeur prive, et je demarre en trombe vers Abu Dhabi a 1h30 d’ici. J’essaye de parler au chauffeur qui reste tres silencieux, jusqu’au moment ou je lui demande ou j’allais exactement. Il se retourne avec de grands yeux et m’annonce qu’il n’en sait rien. Il me demande a mon tour ou je vais, ce que je suis incapable de lui repondre. « euh, abu dhabi ? euh, chez moi, mais je ne connais pas l’adresse… » apres 4 longs coupd de telephones qui melange l’anglais, l’arabe et le Hindi, mon chauffeur sait ou me deposer. On ne voit pas a 5 metres a cause du brouillard ! j’essaye de m’endormir mais je fixe la lune qui prend une forme particuliere. Son croissant est inverse et sa couleur legerement orange.
J’arrive devant une villa geantissime avec garde a l’entree, piscine avec riviere…il est 4h du matin et personne n’est au courant de ma visite. Par chance, un americain sort car il est insomniaque. Je n’ai pas de chambre attribuee et alors que mon chauffeur se fache avec le garde, je leur dit que tout va bien, je vais dormir sur le sofa de Larry (j’ai l’habitude apres tout). Je passe donc mes premieres heures avec Larry qui enseigne l’anglais depuis 10 ans dans tous les pays qui peut. Il ouvre son frigo empli de biere (formellement interdit dans le reglement…ainsi que le contact avec le sexe oppose, les films erotiques, les BBQ…) mais je refuse poliment. Ce sera devant une omelette et un jus d’orange qu’il me contera sa vision de ce pays. Il fait du zele pro-americain et anti-tout-ce-qui-est-colore-et-ne-parle-pas-anglais, mais j’aime son cynisme. A 7h, je repasse ma premiere chemise en me brulant le poignet, enfile un pantalon de costard et Larry m’aide a mettre ma cravate. Je suis un homme, un ‘vrai’. Nous partons gaiement avec notre chauffeur a l’universite ou mon aventure infortunee fait vite le tour des collegues qui viennent me consoler et m’offrir leur support. Dans leurs yeux, je lis un ‘ce n’est que le debut mon pauvre !’. la personne en charge du recrutement me souhaite la bienvenue et m’emmene dans les couloirs alors que j’essaye de finir mon premier cafe depuis un siecle (enfin, j’en ai l’impression). Il ouvre une salle de cours et je me retrouve alors face a 25 emirats, de blancs vetus. 25 Yasser Arafate si vous voulez. Il me sert la main et en trois mot m’explique que j’ai 2 pauses de 15 minutes , que je dois prendre en compte le absents et me souhaite bonne chance. Je n’ai dans la main, qu’un stylo et mon cafe. Et me voila prêt a enseigner avec ce manque de sommeil. Je prends une grande bouffee d’air et prie pour un miracle. La porte s’ouvre et un philippin me fait signe de sortir. C’est Aristote, un collegue qui decide de me remplacer pour ma premiere journee. Dieux merci.
Je finis par rentrer au bercail en insistant que je n’ai pas dormis, que je n’ai toujours pas de chambre…un chauffeur m’emmene et me voici dans une villa somptueuse, recouverte de marbre, et avec des pieces assez grandes pour organiser des tournois de foot en salle. J’entre dans ma chambre tout equipee (tele, satelitte…) et m’ecroule sur mon lit.
Le soir, je mange avec mes confreres americains, africains, syriens et me voici enfin devant mon rodi a vous conter tout cela.
Tant de choses a dire que vous aller surement recevoir une myriades de textes.
Tres heureux d’etre ici pour l’instant….
Bien a vous !
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